Eléments de compétitivité
Le cycle de vie des produits grand-public conditionne largement les mouvements du marché de l'électronique, combiné, au moins pour la partie informatique et télécommunications, au renouvellement des parcs d'entreprises. Par ailleurs, la miniaturisation rapide (cf. la "loi de Moore" sur l’évolution de la puissance des microprocesseurs) caractérise le marché des semi-conducteurs et détermine l'offre des produits destinés à la consommation de masse. La demande est en outre dynamisée à grands renforts de marketing et de communication.
Compte-tenu des contraintes de délais de recherche et développement, de coûts de fabrication et de prix acceptables pour le marché final, le développement et la fabrication de nouveaux produits tendent à devenir problématiques. Pour maintenir le rythme actuel d’innovation, il est nécessaire d'investir très lourdement, et le ticket d’entrée sur le marché est particulièrement élevé. La production de masse, très intensive en capital, requiert une capacité de renouvellement des process très rapide pour produire la génération suivante de produits. Pour illustration, le coût de construction d'une unité complète de fabrication de puces sur des supports silicium de 300 mm est d'environ 2,5 Md$. Au-delà de cette somme, les amortissements des équipements représentent les deux-tiers des charges de l'unité, et les entreprises provisionnent en moyenne 20 % de leur CA en vue du passage au matériel de génération suivante!
Avant la crise de 2001, dans un contexte euphorique, de nombreux acteurs sont apparus ou se sont diversifiés. Les parts de marché des dix premières sociétés mondiales d'électronique sont tombées de 57 % en 1980 à 48 % en 2001. Dans le contexte actuel, cette tendance s'inverse. Pour prolonger l'exemple des usines de fabrication de semi-conducteurs, on estime que la réalisation d’un tel investissement ne serait à la portée que des sociétés qui réalisent un chiffre d'affaires annuel supérieur à 7 Md$ ! Seul INTEL pourrait donc théoriquement se le permettre !
La concentration des fabricants est également due aux principaux acheteurs de semi-conducteurs, dont la concentration a été multipliée par trois en vingt ans, avec pour conséquence une nette altération des marges des fabricants. Par conséquent, la concentration de l'ensemble du marché découle ainsi de la nécessité de restaurer les marges, de mutualiser les risques financiers et de la "mortalité" de certains acteurs financièrement sous-dimensionnés. Pour illustration, la société TRANSMETA, fabricant de processeurs x86 créé en 1999, a disparu en 2005. Par ailleurs, on relève de multiples alliances dans le domaine de la fabrication de composants semiconducteurs (AMD et UMC en 2002, INFINEON et UMC en 2002, INTEL et ST-MICROELECTRONICS en 2005 puis à nouveau en 2007...). L'exemple le plus intéressant est celui du site de Crolles, près de Grenoble, où se sont installées des structures de R&D mutualisées regroupant PHILIPS/NXP, ST-MICROELECTRONICS, MOTOROLA/FREESCALE et TSMC (centre inauguré en 2003). La dynamique du pôle a cependant été ralentie par le désengagement progressif de FREESCALE et de NXP, qui ont noué d'autres partenariats avec IBM et TSMC ....
L’évolution des métiers conduit aujourd'hui à une distinction entre trois catégories d'entreprises. Celles qui conçoivent et commercialisent (sociétés "fabless"), celles qui "fondent" les semi-conducteurs et enfin les sociétés qui ont les moyens à la fois de concevoir et de fondre, comme INTEL, AMD ou IBM, qui maîtrisent la chaîne de conception et de production pratiquement de bout en bout. Les deux premières sociétés fondeuses, les taïwanais UMC et TSMC, représentent plus de 80 % du marché.

