La Bourgogne, une région minière

Origines et développement

Les origines : La tradition minière est particulièrement ancienne en Bourgogne. Des extractions de minerai de fer sont connues dès l’antiquité en Auxois et Puisaye. La découverte et la mise en valeur du charbon sont plus tardives, elles débutent à la charbonnière du Montcenis près du Creusot puis à La Machine près de Decize. Inorganisée et sans méthode pendant plusieurs siècles, l’industrie extractive se structure à la fin du 18ème siècle : A partir de 1781, construction d’un établissement sidérurgique puis d’une cristallerie au Creusot, à proximité de la houillère.

1ère moitié du 19ème siècle :

Les premiers pas du développement. La présence de minerai de fer en divers secteurs de la Bourgogne est à l’origine d’un artisanat sidérurgique qui élabore la fonte à partir du charbon de bois. Dans le Châtillonnais, l’Yonne et à proximité de Dijon, le minerai était exploité à ciel ouvert (exploitation en minière) : forges du Châtillonnais, forges de Buffon,etc. Depuis le 17ème siècle, les mines de fer de Couches (71) alimentaient les fourneaux de Saône-et-Loire. A Thostes en Auxois, les mines approvisionnaient les établissements sidérurgiques locaux. Les minières de la vallée de la Vingeanne (Côte D'Or) servent à la fabrication de la fonte qualité comtoise, celles de la Nièvre à la fonte dite berrichonne. L’utilisation du charbon de terre dans l’industrie sidérurgique débute au Creusot (attribution de la concession de houille de Blanzy-Le Creusot en 1769). La concession de houille de Sincey-les-Rouvray, attribuée en 1867, devait alimenter l’activité sidérurgique de l’Auxois. Alors que les usines sidérurgiques du Creusot sont toujours alimentées en houille ; dans les années 1830, la concession de Blanzy séparée de celle du Creusot, s’oriente vers la clientèle domestique et l’approvisionnement d’industries s’implantant près du site minier.

1840 – 1875 : l’âge d’or de l’industrie minière en Bourgogne

Dans un contexte économique favorable, les exploitants multiplient les prouesses techniques :

  • Fonçage du puits Saint-Vincent à 700 m dans la concession de Montchanin, le plus profond en France à l’époque,
  • A la mine du Creusot, mise au point de la méthode d’extraction par tranche horizontale avec remblai présentant de nombreux avantages : déhouillement complet du gîte, stabilité des terrains, diminution des risques dus au grisou,
  • Les Etablissements Schneider et Compagnie fabriquent les machines et installations nécessaires à l’exploitation d’un site minier.
La mine du Creusot fait figure de modèle que ce soit par ses techniques d’exploitation ou par ses aménagements extérieurs. Cette période connaît un accroissement important de la production minière tant pour l’approvisionnement des usines du Creusot que pour la commercialisation extérieure du charbon. Grâce aux canaux et à l’avènement du chemin de fer, le charbon de Blanzy est livré jusqu’à la région Atlantique et dans les usines textiles alsaciennes. Une concentration s’opère au sein de l’industrie extractive :
  • Les houillères de Blanzy ont pris possession de concessions riveraines et contrôlent la quasi-totalité du charbon commercialisé produit en Bourgogne,
  • Les usines du Creusot sont approvisionnées en fer (250 000 t/an), par le gisement du Nord de la Saône-et-Loire (concessions de Change, Chalencey et Mazenay). Ces trois mines constituent la principale exploitation de fer en métropole avant l’essor de l’exploitation de la minette en Lorraine. Pour ce qui est du charbon, elles détiennent les concessions du Creusot, de Montchanin et de Decize (La Machine 58).

 

C’est dans ce contexte que la production industrielle de l’acier prendra son essor. Les usines du Creusot sont aussi à l’origine de la découverte et des premières exploitations de fluorine dans le Morvan (La Petite Verrière) et le principal client de la plus importante exploitation de manganèse en France au 19ème siècle à Romanèche-Thorins (Saône-et-Loire).

Fin du 19ème siècle :

Rupture de la croissance. La crise économique qui sévit à partir de 1875 freine l’essor des exploitations de charbon. La concurrence des charbons français (Nord-Pas-de-Calais) et étrangers (sarrois et britanniques) ne permettra pas de retrouver le niveau d’activité du passé d’autant que des problèmes de qualité du combustible et de main d’œuvre se font ressentir. Pour augmenter la productivité, la mine de Blanzy est équipée des premières haveuses venant d’Angleterre. Autour des années 1914, les trois mines de fer de Saône-et-Loire et la mine de manganèse de Romanèche-Thorins sont fermées.

Les nouvelles orientations : Après la fermeture des mines de fer, l’extraction houillère se poursuit et doit faire face à la demande renforcée en temps de guerre. Entre les deux guerres mondiales, l’avènement de l’énergie électrique conduit les mines de La Machine, Blanzy et Epinac à se doter d’importantes centrales thermiques qui permettront de brûler les charbons de qualité médiocre. Parallèlement, Schneider et Blanzy conçoivent un réseau électrifié qui permettra la distribution du courant électrique du centre de la France grâce à la mise en commun de l’électricité produite par les Houillères et celle issue des cours d’eau (Rhône et Ain). Après la Seconde Guerre mondiale, seules les mines de La Machine et les Houillères de Blanzy demeurent en activité, la nationalisation les réunira au sein des Houillères du Bassin du Centre et du Midi.

Les minerais

Les minerais uranifères : un gisement historique. Le bulletin de la Société d’Histoire Naturelle d’Autun rapporte qu’en Floréal an V un ingénieur des mines, Georges de Champeaux, remarquait, dans la collection du citoyen REMOND à Semur-en-Auxois, un minéral aux paillettes jaunes d’or, il s’agissait de l’autunite uranifère de Saint-Symphorien-de-Marmagne près du Creusot. Un gisement sera mis à jour en 1855. C’est seulement au début du 20ème siècle qu’Hippolyte Marlot répondant à l’appel de Pierre et Marie Curie en quête de radium, met en évidence des indices de pyromorphite radifère près de Grury – Issy-l’Evêque (71).

Les recherches épisodiques dans ce secteur n’aboutirent qu’avec la création du CEA en 1946. Dans le Morvan, on a pu individualiser 4 groupements de gisement d’uranium : le district de Grury-Luzy, le district de Château-Chinon, le district de l’Autunois, le district du bassin de Blanzy. Compte tenu des gisements disponibles et de leur accessibilité, des extractions se sont déroulées dans deux de ces districts :

  • Le district de Grury a été exploité entre 1950 et 1990 sous le couvert d’un permis d’exploitation puis d’une concession de mine. Les premiers gisements découverts et mis en valeur en France se trouvaient dans cette région,
  • Le district de Château-Chinon entre 1973 et 1980 sous le couvert de différents permis d'exploitation.

 

Les schistes bitumineux d'Autun

Le bassin d’Autun est souvent considéré comme le berceau de l’industrie schistière. Bien avant que le pétrole n’ait été découvert, on extrayait à Autun l’huile de schiste. Le bassin d’Autun (environ 250 km2) forme une dépression comblée de formations schisteuses et de formations houillères. Les formations schisteuses contiennent des hydrocarbures qui ne peuvent être extraits que par pyrogénation. Le gisement schisteux se présente sous forme de couches feuilletées de faible épaisseur affleurant en surface et s’enfonçant jusqu’à 1200 m, seules, les formations superficielles, jusqu’à une profondeur de 300 m, ont été exploitées. Le traitement pour l’obtention de pétrole lampant était réalisé sur place (distillation, raffinage). L’exploitation débute en 1838, prend un grand essor autour des années 1860 puis l’importation du pétrole ruine l’industrie des schistes. Un programme d’extension pendant la guerre 39-45 ne permet pas le redémarrage de l’activité. En 1957, l’arrêt est effectif, sans que le gisement soit véritablement épuisé, en raison du prix prohibitif de l’huile brut fabriquée en comparaison du prix du pétrole brut. Des études réalisées autour des années 1974 en vue d’examiner l’opportunité d’une reprise de l’exploitation des schistes bitumineux n’ont, à ce jour, pas eu de suite.

D'autres minerais

La Bourgogne comptait également, par le passé, des exploitations modestes de pyrite de fer et cuivre, plomb et lignite. Sans oublier de nombreuses recherches pétrolières aux confins du Jura, du Massif-Central et du Bassin Parisien, seul, ce dernier secteur a conduit à une extraction modeste dans la concession des Bagneaux à la limite des départements de l’Yonne et de l’Aube.

Le déclin

Le déclin de l'extraction minière. L’exploitation houillère qui avait pris son essor au XIXème siècle s’est poursuivie à un régime soutenu jusqu’à l’épuisement des gisements exploitables par les méthodes d’extraction souterraines classiques à un coût acceptable. Dans le bassin de Blanzy, à partir de 1969, l’extraction souterraine sera progressivement abandonnée au profit de l’exploitation en découverte des gisements superficiels. Les échéances successives :

  • 1909 : fermeture de la mine de Sincey-les-Rouvray,
  • 1943 – 1946 : arrêt des extractions de houille au Creusot (Saône-et-Loire),
  • 1944 : fermeture de la mine d’Epinac (Saône-et-Loire),
  • 1974 : fermeture de la mine de La Machine (Nièvre),
  • 1992 : fermeture du puits Darcy, dernier puits en exploitation dans le bassin de Blanzy,
  • 2001 : arrêt programmé des extractions dans le bassin de Blanzy, fermeture de la dernière découverte. Ces dernières années, 4/5 du charbon de Blanzy est utilisé à l’approvisionnement de la Centrale de Lucy produisant l’électricité de la région du Creusot-Montceau, le reste est écoulé vers l’industrie et le chauffage résidentiel.

 

Pour le schiste bitumineux, le bassin d’Autun connaîtra une exploitation de type industriel dès 1840 jusqu’en 1957. Les schistes extraits ont servi principalement à la production d'hydrocarbure par pyrogénation, transformation réalisée dans l’usine des Télots à Autun.

Le fluorure de calcium ou fluorine a pour débouché essentiel la métallurgie et l’industrie chimique, l’impact sur l’environnement des gaz chlorofluorés et du fluor a fortement ralenti l’exploitation de ce minéral depuis les années 1970. L’exploitation de la fluorine s’est limitée, en Bourgogne, aux gisements filoniens du Morvan peu profonds. Plusieurs petites mines ont été exploitées en Saône-et-Loire dans le secteur d’Autun (mines de Voltennes, du Maine, de Saint-Prix, de Vauchange). Autour des années 1975 où la production avait atteint son maximum, notre région se plaçait en bonne position pour la production nationale de ce minéral. L’extraction de fluorine a cessé en 1986.

Pour l'uranium, dans le secteur de Grury (Ouest de la Saône-et-Loire), les travaux d’exploitation se sont déroulés entre 1950 et 1990 sur une quinzaine de petits sites différents en souterrains ou à ciel ouvert.