La Bourgogne, terre d’Histoire, de l'antiquité au 12ème siècle

Dès le VIIe siècle avant notre ère, la future Bourgogne participe aux systèmes d'échanges lointains, ainsi qu'en témoigne par exemple le fameux trésor de Vix (fin du VIe siècle avant JC), composé de pièces d'origine grecque, scythe, étrusque et celtique. Les Éduens (v. -120), qui occupent une grande partie de la région (Nièvre, Saône-et-Loire et Côte-d'Or actuelles), sont alliés de Rome. Battus par les Germains d'Arioviste en - 61, ils appellent les Romains à leur aide, puis reconduisent leur alliance avec Jules César lors de la Guerre des Gaules. Malheureusement, ils changeront de camp en cours de bataille et finiront, vaincus, avec Vercingétorix, qui capitule à Alésia en - 52. S’en suivent deux siècles de Pax Romana, pendant lesquels les échanges et l’artisanat seront prospères – mais ce ne sont que les prémices d’une activité proprement industrielle... Autun deviendra un des grands centres culturels et intellectuels de l'Empire, ce qui est à l’époque la principale richesse de la région.

Mais en ces temps souvent troublés, et plus encore avec le déclin de l’Empire romain, les invasions se profilent et ruinent bon nombre de villes, tout en apportant de nouvelles coutumes, de nouvelles techniques et des savoirs-faire venus de loin... Ainsi Autun sera mise à sac en 269, puis les Alamans viendront semer la désolation dans les provinces de la future Bourgogne, vers 276. En dernier lieu arriveront les Burgondes, qui fuient devant l’arrivée massive des féroces Huns venus de l’Est, entre 355 et 400. Le nord-est de la région est encore occupé par les Alamans, et le nom de Burgondia apparaît enfin, vers 443. Mais il va désigner quelques temps des entités différentes : jusqu’en 475, la « Bourgogne » est la Suisse romande actuelle, où les Burgondes, envahisseurs germaniques, ont été établis comme colons. Puis, de 475 à 534, la Bourgogne est le royaume de Gondebaud, qui a refoulé les Alamans, pris Dijon en 479, puis étendu son domaine jusqu'à la Saône, au Rhône et à la Provence intérieure. Il perdra ensuite l’Auxerrois et la Champagne en luttant contre Clovis. Le pays sera finalement conquis par les Francs, et le nom de « Bourgogne » n'est plus qu'une appellation géographique sans limites administratives précises. Sous les Mérovingiens, puis les Carolingiens, le royaume bourguignon reprend une grande activité économique (échanges avec les peuples frontaliers surtout) et guerrière. Le territoire bourguignon correspond à peu près au quart sud-est de la France, sur le même plan que l'Aquitaine, la Neustrie et l'Austrasie.

A partir des IXe et Xe siècles, le mot a simultanément plusieurs sens différents : le duché de Bourgogne est la partie occidentale de l'ancienne Burgondie, à l'ouest de la Saône, et demeurée dans le royaume franc. La Saône devient la frontière entre Bourgogne royale à l'ouest et Bourgogne impériale à l'est après le partage de Verdun (843). Jusqu'au XIXe siècle, les bateliers parleront encore de la rive du Riaume et de la rive d'Empi. Dans le même temps donc, à l’est de la Saône et au sud-est du Rhône, on continue à nommer « Bourgogne » certaines terres, partie du lot de l'empereur Lothaire, notamment le comté palatin de Bourgogne (vers la Franche-Comté), la Bourgogne transjurane (Suisse romande actuelle) et le royaume d'Arles, appelé souvent royaume de Provence-Bourgogne. Aucun droit ne lui revient cependant sur la Bourgogne royale des Francs. Les Carolingiens contrôlent, avec leurs Comtes, presque toute la Bourgogne au sens actuel, de Langres à Dijon, de Troyes à Chalon, de Tonnerre à Brienne. Jusqu’au XIIe siècle, le Duché est indépendant, de fait, mais rattaché à la Couronne et doté d’un gouverneur.

Terre vaste aux rois et ducs prestigieux, la Bourgogne connaît ses plus grandes heures de gloire avec les plus connus de ses Ducs, tels Philippe II le Hardi, quatrième fils de Jean II le Bon, roi de France, et qui reçoit le Duché en apanage en 1364, ou bien encore Jean Sans Peur, ou Philippe III le Bon, qui passe dans le camp anglais et fonde l’ordre de la Toison d’Or en 1429. Malgré les nombreuses entités différentes qui composent le duché, les Ducs mènent une politique inlassable d'unification. La Bourgogne conquiert petit à petit son indépendance (ainsi le Traité d’Arras la dispense-t-elle de prêter hommage au Roi de France, tenu pour responsable de l'assassinat de Jean sans Peur). Mais le Duc de Bourgogne Charles le Téméraire va trop loin dans ses tentatives de conquêtes, et est tué devant Nancy, vaincu par une coalition (Alsaciens, Lorrains, Suisses) financée par Louis XI. L'État bourguignon est alors démembré, et la Bourgogne ducale est conquise par le roi. Le Duché ne sortira plus du Royaume de France, et le titre de Duc devient plus ou moins honorifique.

Pendant cette période, et jusqu’au XVe siècle, l’Europe entière vit d’une économie avant tout basée sur un système agraire. Les prémices de l’industrie ne se font sentir qu’avec l’ouverture sur le reste du monde et la mise en place d’une économie plus globale, baptisée « économie-monde ». Il s’agit d’un système qui ajoute aux échanges internationaux les nouveaux territoires découverts au XVe siècle, et qui sont exploités à plein régime, pour fournir des matières premières précieuses et souvent nouvelles – et qui s’avèrent en même temps une grande source de commerce de produits industriels avec les colons : textile et quincaillerie en tête. La Bourgogne, loin du gros système maritime, profitera quand même de ces développements car son rayonnement – comme son étendue – est immense du XIVe au XVIe siècle. Les grandes foires par lesquelles passent de nombreux produits manufacturés sont à l’honneur, et l’un des plus précoces et des plus importants sites est, très tôt, celui de Chalon-sur-Saône – un grand centre de décisions et d’échanges au XVIIIe siècle, en particulier dans le domaine du travail des métaux.

Dans le même temps, la Bourgogne fournit des produits industriels métalliques, fortement sollicités par la demande intérieure : le pays s’urbanise, et cette urbanisation nécessite l’utilisation de métaux, pour les charpentes (clous), pour les portes (serrures, ferrures), pour les vitres et les canalisations (plomb, fonte), les monuments... Le textile complète la demande des habitants en produits manufacturés. Enfin, les guerres feront de l’Etat un commanditaire incontournable de l’industrie : des canons de bronze aux fusils d’acier, et des essieux en fer des charrettes de campagne aux vaisseaux de guerre (un grand vaisseau pouvait contenir jusqu’à 150 tonnes de métal dans la structure, auxquelles s’ajoutent 100 tonnes de fonte pour le lest et 300 tonnes de bronze et autres métaux pour les canons, armes et munitions...).

La prospérité est de mise malgré toutes les guerres et les tentatives plus ou moins ordonnées d’homogénéisation de la grande région, qui s’étend dans sa plus grande configuration des Pays-Bas actuels à la Suisse, aux Dombes, au Morvan et au Nivernais. A la Révolution, la Bourgogne comprend la Saône-et-Loire, la Côte-d'Or, l’Ain, et une partie de l'Yonne. La région « Bourgogne », créée en 1960, regroupe l'ancien duché de Bourgogne avec des parties des anciennes provinces de Champagne, d'Ile-de-France, d'Orléanais et du Nivernais, pour créer la région que nous connaissons aujourd’hui...